On entend souvent un discours simpliste qui fait des boomers les responsables de tous les maux contemporains : la crise écologique, l’endettement public, les choix politiques discutables, les dérives économiques. Comme si une génération entière avait conspiré pour saboter l’avenir. Cette caricature, devenue presque un réflexe social, évite soigneusement d’honorer l’histoire. Elle oublie surtout que les boomers ont été les premiers à secouer l’ordre établi, à rêver d’un monde plus libre, plus conscient, plus humain. Alors, avant d’en faire des boucs émissaires, il serait peut‑être temps de revisiter ce qu’ils ont réellement porté.
Car les boomers, ce sont d’abord les enfants des années hippies, ceux qui ont osé dire peace and love dans un monde encore marqué par la guerre froide et les hiérarchies rigides. Ils ont ouvert la voie aux approches alternatives ; l’homéopathie, la santé naturelle, l’alimentation biologique, le végétarisme, la mise en forme, bien avant que ces pratiques ne deviennent des tendances commerciales comme ça l’est aujourd’hui. Ils ont contesté les modèles médicaux, éducatifs et sociaux dominants par désir d’élargir la conscience humaine. Ils ont été les premiers à parler de recyclage, de spiritualité, de respect du vivant, à une époque où ces idées étaient marginales, voire ridiculisées.
Ce sont aussi eux qui ont porté haut les droits humains : liberté d’expression, égalité, justice sociale. Ils ont marché, revendiqué, écrit, débattu. Ils ont remis en question l’autorité, les institutions, les dogmes. Au Québec, ils ont voté pour un projet souverainiste qui, qu’on l’approuve ou non, témoignait d’un immense désir d’autodétermination, de dignité collective, de responsabilité politique. Ils ont transformé la culture, la musique, la littérature, l’éducation. Ils ont fait entrer l’art, la contestation et la réflexion dans l’espace public comme jamais auparavant.
Accuser aujourd’hui cette génération d’être la source de tous les défis contemporains, c’est oublier que chaque époque hérite d’un monde imparfait et souhaite en construit un autre. Les boomers n’ont pas tout réussi, bien sûr. Mais ils ont ouvert des brèches, déplacé des frontières, semé des idées qui continuent d’inspirer. Ils ont été une génération de transition et de bascule. Leur contribution est faite d’ouvertures, de courage, de bonnes volontés.
Alors, plutôt que de les réduire à des clichés, peut‑être devrions‑nous reconnaître ce qu’ils ont réellement incarné à leur époque : une volonté farouche de liberté, une quête de sens, une ouverture à la conscience, une capacité à rêver autrement. Les défis contemporains qui leurs sont reprochés trouvent plutôt leurs racines dans des systèmes politiques et économiques qui, au fil du temps, ont laissé place à la corruption, à des dérives de pouvoir, d’ambition et d’intérêts personnels ; phénomènes qui se sont amplifiés avec la mondialisation.
Au lieu de juger ceux qui nous ont précédés avec les lunettes à vision étroite, choisissons plutôt de les honorer. Honorer celles et ceux qui ont ouvert des chemins. Honorer les mains qui ont bâti, les voix qui ont contesté, les esprits qui ont rêvé avant nous. Honorer les générations qui ont porté des combats dont nous avons longtemps récolté les fruits, et constater, avec lucidité, que plusieurs de ces acquis : libertés, droits, espaces de pensée, se voient aujourd’hui fragilisés par des cadres de plus en plus restrictifs.
Ce n’est pas une fatalité, mais un rappel : car rien n’est jamais définitivement gagné, et chaque génération porte la responsabilité de protéger ce qui a été conquis avant elle.
Voilà !
Lady Isabelle xx


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