Vous serez d’accord avec moi pour dire que de s’accrocher à une entité salvatrice qui va sauver le monde est profondément ancré dans la psyché humaine. Cette volonté de projeter l’espoir sur un « sauveur », qu’il soit d’ordre spirituel ou matériel, est une stratégie d’adaptation inconsciente qui soulage temporairement la peur existentielle. Cependant, vous devinerez que cette projection reste un piège, et que celui-ci génère l’attente. En transférant la responsabilité de son propre changement à une force extérieure, l’individu se place en position passive et dépendante. Cette posture est certainement la première cause de déconnection de soi face aux défis concrets de la vie (qu’il a probablement alimenté lui-même par manque de connaissance de soi). L’attente devient un substitut à l’effort, confortable certes, mais paralysant la capacité d’agir et de reconnaître que le véritable pouvoir de transformation réside non pas dans l’arrivée d’une solution magique, mais dans l’engagement et le développement de la conscience.
Dans sa célèbre formule, Karl Marx, (oui, fortement contesté pour plusieurs raisons) qualifie la religion d’« opium du peuple ». Son expression ne dénonce pas seulement l’illusion spirituelle du sauveur, mais surtout sa fonction sédative ; l’endormissement. Selon lui, la religion promet une récompense ; une forme de salut, un retour à la justice dans une prochaine vie ou par une intervention divine. (Attention, je ne dis pas que l’aspect divin n’existe pas, mais pour moi, il est ma vraie nature)
En vérité, cette promesse incite les opprimées à endurer patiemment leur misère. Elle neutralise l’impulsion à se révolter et à modifier concrètement les structures d’oppression de la matrice.
L’attente d’un sauveur est la forme archétypale de la passivité ; du bébé dans les bras de sa mère. Au lieu de se lever et de changer sa couche lui-même, soit les conditions matérielles ou spirituelles qui génèrent la souffrance, l’individu se console avec l’espoir d’une justice future, ce qui perpétue le statu quo. (On le voit de plus en plus depuis 2020)
Le problème majeur de cette quête d’un sauveur est qu’elle place au premier plan l’inaction et la dépendance. L’individu redonne constamment son pouvoir à d’autres et s’attend à ce qu’une figure extérieure vienne réparer l’injustice qu’il vit. Il se plaindra des gouvernements, des services médicaux, des écoles, des prix, tout en continuant de s’y accommoder.
Les crises sociales sont avant tout des crises personnelles. Chacun polarise selon les résonnances qu’il porte en lui-même. Rien ne se résout par l’espérance, mais par l’application concrète d’un geste, d’une position, d’une décision ou des trois ensemble. Il est impératif de réaliser que le véritable salut réside dans la délivrance de l’attente elle-même : soit de devenir responsable de sa propre vie à 100%.
C’est en passant à l’action que l’être humain se sauve lui-même, en devenant l’agent de changement qu’il attendait inconsciemment.
Lady Isabelle xx


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