La quête du sens

Réflexions sur la nature humaine

I. De Blackwood (Lady Isabelle)
Écrivaine humaniste, Blogueuse.
Œuvre au développement de la conscience humaine.

WALTER

WALTER

J’ai rencontré Walter en 2010, alors que j’habitais Rosemère.
Un homme de quatre fois vingt ans et quelques années de plus. Il vivait comme un itinérant, trainant ici et là dans le stationnement des centres commerciaux, sinon à la bibliothèque. À chaque fois qu’il me voyait, il déposait un bonbon mal emballé à côté de moi. C’était sa façon à lui de m’aborder.

De fil en aiguille, Walter prenait la place que je lui accordais. Son histoire me touchait beaucoup. Il vivait seul dans une maison de riche à quelques rues de la bibliothèque. Une superbe maison en façade, qui ressemblait à un taudis lorsqu’on s’y rapprochait. Les lieux étaient insalubres et dangereux. Mais Walter était orgueilleux, et il ne voulait personne chez lui, pas d’aide, rien. Ça l’insultait.

C’était la chasse gardé concernant son mode de vie, car il savait bien ce qui risquait de lui arriver si la société découvrait le pot aux roses et le prenait en charge. Il finirait dans un CHSLD, c’est sûr, dans des normes qui n’étaient pas les siennes, et il ne voulait pas ça. Sa liberté passait avant tout.
J’ai respecté son rythme, ses volontés, ses choix comme je respecte les gens en général. Je comprenais bien qu’il était plus heureux dans ses affaires, malgré son état.

En fait, il buvait.
Walter buvait beaucoup. Trop de whisky à tous les jours. Il commençait sa journée de bonne humeur et la terminait généralement dans l’agressivité. Je l’avais d’ailleurs appris à mes dépends à deux reprises, sans jamais le prendre personnel.
Alors j’étais là pour lui dans les moments où sa conscience était en force, et je le laissais vivre sa souffrance tout seul quand il ne voulait plus être disponible. Son histoire, je la connaissais par cœur. C’est la même histoire que bien d’autres gens qui n’ont pas pu trouver de sens à l’existence, la même souffrance, le même vide. 

C’était un homme fortuné qui s’était fait plumé par son associé de l’époque. Avait-il encore de l’argent ? Je ne saurais le dire tellement il s’était abandonné lui-même. Il ne s’était pas pardonné sa naïveté je crois, lui qui se considérait comme étant un homme intelligent. 

Il disait qu’il « jouait » encore à la bourse, et les jours où on se voyait amicalement, il téléphonait à quelqu’un pour l’engueuler ; « son broker » qu’il disait, en me prenant comme témoin. Il attendait toujours une grosse somme d’argent qui n’arrivait jamais.

J’ai voyagé Walter en voiture d’un endroit à l’autre, pour lui permettre de faire ses commissions, d’aller à la banque, de poster ses trucs ou d’aller les chercher. Je lui ai tenu compagnie en m’essayant sur sa véranda pourrie, à regarder un jardin qui avait dû être beau un jour en faisant semblant de ne pas m’en apercevoir. 

C’est alors qu’il m’avait parlé de son fils, le seul qu’il avait, qui vivait loin de lui en Colombie Britannique, et de sa femme, qui l’avait laissé tombé pour un autre.

Walter ne voulait pas qu’on ait pitié de lui.

Au contraire, il avait de la fierté, chose que j’ai d’ailleurs toujours valorisé. Je lui ai donné cette considération qu’il n’avait plus, du temps, de la reconnaissance. Puis je suis partie vivre ailleurs, et nous nous sommes perdus de vue. Quelques années plus tard, j’ai vu sa maison à vendre. L’annonce disait que le prix était en fonction du fait qu’il y avait eu un suicide à l’intérieur. Ça m’a attristé de l’apprendre, et en même temps je me suis dit : R.I.P. Walter. J’ai été vraiment honorée de vous avoir connu.

J’espère maintenant que vous êtes heureux.

Lady Isabelle xx

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